HotFreeBooks.com
Contes et lgendes - 1re Partie
by H. A. Guerber
1  2  3     Next Part
Home - Random Browse

CONTES ET LGENDES

1RE PARTIE

PAR

H. A. GUERBER

AUTEUR DE "MYTHS OF GREECE AND ROME"

NEW YORK CINCINNATI CHICAGO AMERICAN BOOK COMPANY

DDI



Roger et Marguerite



PREFACE.

This little collection of Legends and Fairy Tales is intended merely as an introduction to general French reading. The stories have been told as simply as possible, with infinite repetition of the same words and idioms to enable the pupil to obtain a good vocabulary almost unconsciously. They have also been narrated as graphically as practicable to arouse an interest in the plot, to stimulate curiosity, and thereby induce the pupil to read to the end.

With the exception of the first tale of the series, for which I have purposely selected the common nursery story, "The Three Bears," I have carefully avoided the tales which are most familiar, or have given them in some unusual version, so that only by knowing the meaning of the words the sense of the story can be obtained.

This method has been used with most gratifying results with pupils of all ages either with or without the accompaniment of a grammar, and it is very gradual, to facilitate rapid progress in the language.

Of course, the results to be achieved depend greatly upon the instructor, but I have found that where daily lessons were the rule, the pupils, at the end of a very short time, were able to read simple histories and novels at sight with much pleasure and profit.

My own method, which, however, varies greatly according to the age and the intelligence of the pupils, is, roughly outlined, as follows, taking the first paragraph of this work as an example:

The first sentence is read plainly by the teacher or written on the blackboard, and as these stories are intended to be used from the very first lesson, each word is translated into English. Then the pupils read the sentence in turn, supplying the translation of the words as they are rapidly pointed out. A few moments' work of this kind suffices with average pupils to enable them to memorize the words so that they can reproduce them verbally or in writing, when the book is shut or after they have been rubbed off the board.

The next sentence is treated in the same way, the pupils translating the words previously given and the instructor giving the meaning of the new words only. Then making use of the first idiomatic expression "il y avait," an explanation is given, showing how it can be changed into the interrogative form "y avait-il?" and the pupils are questioned rapidly as follows, using only the words already mastered:

"Y avait-il un ours?"

"Y avait-il deux ours?"

"Y avait-il trois ours?"

"Y avait-il un grand ours?"

"Y avait-il un petit ours?"

"Y avait-il un ours de grandeur moyenne?"

The answers are all given in French, as quickly as possible, ere the second sentence is written from memory.

Proceeding thus from sentence to sentence, more or less rapidly according to the class, a stock of words is soon acquired, reading, writing, and conversation become easy, and in a very short time the pupils, encouraged to guess at the meaning of new words, become entirely independent of vocabulary or dictionary. In concluding the lesson, the story is told again by the teacher, quite rapidly, in the usual conversational tone, or the pupils read or tell it aloud.

A vocabulary and a few notes have been added more as a matter of convenience for any pupils who should miss a recitation than for constant use, for the main object of this method is that the pupils should have all the French they have learned at the tip of their tongues. If this collection of stories helps to make the study of French more of a pleasure and less of a bugbear than it has heretofore proved, I shall feel that one part of my aim has been attained.

H. A. GUERBER.



TABLE DES MATIERES.

IRE PARTIE.

Les Trois Ours Les Quatre Saisons La Rose Mousseuse Les Trois Souhaits Le Chat et le Renard Blanche-Neige Les Trois Citrons La Ville Submerge Le Poisson d'Or La Cabane au Toit de Fromage Le Vrai Hritier Yvon et Finette Le Renard et le Loup La Mauvaise Femme Baba-Iaga Les Nez L'Hospitalit du Pacha Les Deux Frres Le Berger et le Dragon Les Deux Aumnes L'Amour d'une Mre Le Cheveu Merveilleux Un Conte de ma Mre l'Oie Godefroi le Petit Ermite Le Grain de Moutarde



CONTES ET LGENDES.



LES TROIS OURS.[1]

[Note 1: The original of this story is the common English nursery tale, "The Three Bears and Little Silver Hair."]

Il y avait une fois un, deux, trois ours: un grand ours, un ours de grandeur moyenne, et un petit ours.

Les trois ours demeuraient dans une petite maison, dans une grande fort.

Dans la maison, il y avait trois lits: un grand lit pour le grand ours, un lit de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur moyenne, et un petit lit pour le petit ours.

Il y avait aussi trois chaises: une grande chaise pour le grand ours, une chaise de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur moyenne, et une petite chaise pour le petit ours.

Il y avait aussi trois assiettes et trois cuillres: une grande assiette et une grande cuillre pour le grand ours, une assiette de grandeur moyenne et une cuillre de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur moyenne, et une petite assiette et une petite cuillre pour le petit ours.

Un jour le grand ours dit de sa grande voix: "J'ai faim."

"Oui," dit l'ours de grandeur moyenne de sa voix de grandeur moyenne, "J'ai faim."

Et le petit ours dit de sa petite voix: "Oui, oui, j'ai faim."

Les trois ours firent la soupe. Alors ils versrent la soupe dans les trois assiettes. Ils versrent une grande portion dans la grande assiette pour le grand ours. Ils versrent une portion de grandeur moyenne dans l'assiette de grandeur moyenne pour l'ours de grandeur moyenne, et une petite portion dans la petite assiette pour le petit ours.

Alors le grand ours prit la grande cuillre, gota la soupe et dit: "La soupe est trop chaude." L'ours de grandeur moyenne prit la cuillre de grandeur moyenne, gota la soupe et dit: "Oui, la soupe est trop chaude," et le petit ours prit la petite cuillre, gota la soupe et dit: "Oui, oui, la soupe est trop chaude."

Alors le grand ours dit: "Allons nous promener dans la fort." "Oui," dit l'ours de grandeur moyenne, "allons nous promener dans la fort;" et le petit ours dit: "Oui, oui, allons nous promener dans la fort."

Les trois ours partirent. Ils laissrent la porte de la maison ouverte, et la soupe sur la table. Une petite fille passa. Elle vit la petite maison, elle vit la porte ouverte, et elle vit la soupe sur la table. Elle dit: "J'ai faim," et elle entra dans la maison.

Elle prit la grande cuillre, gota la soupe dans la grande assiette, et dit: "Cette soupe est trop chaude." Alors elle prit la cuillre de grandeur moyenne, gota la soupe dans l'assiette de grandeur moyenne, et dit: "Cette soupe est trop froide." Alors elle prit la petite cuillre, gota la soupe dans la petite assiette, et dit: "Cette soupe est excellente." La petite fille mangea toute la soupe.

Alors la petite fille dit: "Je suis fatigue, o y a-t-il une chaise?" Elle vit les trois chaises. Elle alla la grande chaise, s'assit, et dit: "Cette chaise n'est pas confortable." Elle alla la chaise de grandeur moyenne, s'assit, et dit: "Cette chaise n'est pas confortable." Alors elle alla la petite chaise, s'assit, et dit: "Cette chaise est trs confortable." Alors la petite fille sauta de joie et la chaise se cassa!

La petite fille dit: "J'ai sommeil, o y a-t-il un lit?" Elle vit les trois lits. Elle alla au grand lit, se coucha, et dit: "Ce lit n'est pas confortable." Elle alla au lit de grandeur moyenne, se coucha, et dit: "Ce lit n'est pas confortable." Alors elle alla au petit lit, se coucha, et dit: "Ce lit est trs confortable," et la petite fille s'endormit.

Quelques minutes aprs les trois ours arrivrent. Le grand ours regarda sa grande cuillre et sa grande assiette, et dit de sa grande voix: "Quelqu'un est entr et a got ma soupe." L'ours de grandeur moyenne regarda sa cuillre de grandeur moyenne et son assiette de grandeur moyenne, et dit de sa voix de grandeur moyenne: "Oui, quelqu'un est entr et a got ma soupe," et le petit ours regarda sa petite cuillre et sa petite assiette, et dit de sa petite voix: "Oui, oui, quelqu'un est entr et a mang toute ma soupe."

Le grand ours regarda sa grande chaise et dit de sa grande voix: "Quelqu'un est entr et s'est assis sur ma chaise." L'ours de grandeur moyenne regarda sa chaise de grandeur moyenne, et dit de sa voix de grandeur moyenne: "Oui, quelqu'un est entr et s'est assis sur ma chaise." Et le petit ours regarda sa petite chaise, et dit de sa petite voix: "Oui, oui, quelqu'un est entr et a cass ma petite chaise."

Alors le grand ours regarda son grand lit et dit de sa grande voix: "Quelqu'un est entr et s'est couch sur mon grand lit." L'ours de grandeur moyenne regarda son lit de grandeur moyenne, et dit de sa voix de grandeur moyenne: "Oui, quelqu'un est entr et s'est couch sur mon lit de grandeur moyenne." Et le petit ours regarda son petit lit, et dit de sa petite voix: "Oui, oui, une petite fille est couche sur mon petit lit."

Les trois ours s'approchrent: "Oh!" dit le grand ours, "cette petite fille est jolie." L'ours de grandeur moyenne dit: "Oh, oui, cette petite fille est jolie," et le petit ours dit: "Oh! oui, oui, cette petite fille est trs jolie."

A cet instant la petite fille se rveilla. Elle vit le grand ours, l'ours de grandeur moyenne, et le petit ours. Elle dit: "Oh! J'ai peur," et elle sauta du lit et partit vite, vite! "Oh!" dit le grand ours de sa grande voix: "La petite fille a peur." "Oui," dit l'ours de grandeur moyenne, "la petite fille a peur." Et le petit ours dit: "Oui, oui, elle a peur."

La petite fille ne visita plus jamais la maison des ours.



LES QUATRE SAISONS.[2]

[Note 2: This is one of the most popular of the Bohemian folk stories. It has been translated into many languages, and an elaborate version of it can be found in Laboulaye's "Fairy Book."]

Il y avait une fois une petite fille. Cette petite fille demeurait dans une jolie petite maison avec sa mre et sa soeur. La petite fille, Claire, tait bonne et trs jolie. La soeur de la petite fille, Laure, tait mchante et laide. La mre tait aussi mchante et laide. La mre aimait Laure, mais elle n'aimait pas Claire.

Un jour la mchante fille dit sa mre: "Ma mre, envoyez Claire la fort cueillir des violettes. La mre rpondit: "Des violettes, dans cette saison! C'est impossible, ma fille, dans la fort il y a seulement de la neige et de la glace."

Mais la mchante fille insista, et la mre dit Claire: "Allez la fort cueillir un bouquet de violettes pour votre soeur." Claire regarda sa mre avec surprise, et rpondit: "Ma mre, c'est impossible! Dans cette saison il y a seulement de la neige et de la glace dans la fort." Mais la mre insista, et la pauvre Claire partit.

Elle alla la fort, chercha les violettes, et trouva seulement de la neige et de la glace. La pauvre fille dit: "J'ai froid; o y a-t-il du feu?" Elle regarda droite, elle regarda gauche, et elle vit un grand feu une grande distance. Elle alla ce feu, et vit douze hommes assis autour du feu.

Trois hommes avaient de longues barbes blanches et de longues robes blanches; trois hommes avaient de longues barbes blondes et de longues robes vertes; trois hommes avaient de longues barbes brunes et de longues robes jaunes, et trois hommes avaient de longues barbes noires et de longues robes violettes.

La petite fille s'approcha en silence, et elle vit qu'un des hommes barbe blanche avait un bton la main. Cet homme se tourna et dit: "Petite fille, que cherchez vous dans la fort?" La petite fille rpondit: "Monsieur, je cherche des violettes." L'homme barbe blanche dit: "Ma pauvre petite fille, ce n'est pas la saison des violettes, c'est la saison de la neige et de la glace. "Oui," dit la petite fille, "mais ma mre a dit: 'Allez la fort cueillir un bouquet de violettes pour votre soeur,' et je suis force d'obir."

L'homme barbe blanche regarda la petite fille un instant, et dit: "Chauffez-vous, ma pauvre enfant." Alors il prit son bton, se tourna vers un des hommes barbe blonde, lui donna le bton et dit: "Frre Mai, les violettes sont votre affaire. Voulez-vous aider cette petite fille?"

"Certainement," rpondit Frre Mai. Il prit le bton et attisa le feu. En un instant la glace disparut, et la neige aussi. La petite fille n'avait plus froid, elle avait chaud. Un instant aprs elle vit que l'herbe tait verte, et bientt elle vit beaucoup de violettes dans l'herbe.

Alors Frre Mai se tourna vers elle et dit: "Ma chre petite fille, cueillez un bouquet de violettes, aussi vite que possible, et partez." La petite fille cueillit un bouquet de violettes, dit: "Merci, mon bon monsieur Mai," et partit.

Frre Mai donna le bton l'homme barbe blanche, il attisa le feu, et en un instant les violettes et l'herbe avaient disparu, et la glace et la neige taient l comme avant.

La petite fille alla la maison et frappa la porte. La mre ouvrit la porte et dit: "Avez-vous les violettes?" "Oui, ma mre," rpondit Claire, et elle donna les violettes sa mre. "O avez-vous trouv ces violettes?" dit la mre. "Dans la fort," rpondit Claire, "il y avait beaucoup de violettes dans l'herbe." La mre de Claire tait trs surprise, mais elle ne dit rien.

Le lendemain la mchante fille dit sa mre: "Ma mre, envoyez Claire la fort cueillir des fraises." "Des fraises, dans cette saison, c'est impossible, ma fille," rpondit la mre. Mais Laure insista, et la mre dit Claire: "Allez la fort cueillir des fraises pour votre soeur." Claire regarda sa mre avec surprise, et dit: "Ma mre, c'est impossible! Dans cette saison il y a de la glace et de la neige dans la fort mais pas de fraises." Mais la mre insista, et la pauvre Claire partit.

Elle alla la fort, chercha les fraises, et trouva seulement de la neige et de la glace. La pauvre fille dit: "J'ai froid! o y a-t-il du feu?" Elle regarda droite et gauche, et elle vit un grand feu une grande distance. Elle s'approcha de ce feu et vit les douze hommes.

Trois hommes avaient des barbes blanches et des robes blanches, trois hommes avaient des barbes blondes et des robes vertes, trois hommes avaient des barbes brunes et des robes jaunes, et trois hommes avaient des barbes noires et des robes violettes.

La petite fille s'approcha et dit l'homme barbe blanche qui avait un bton la main: "Monsieur, j'ai froid, voulez-vous me permettre de me chauffer votre feu?" "Certainement," rpondit l'homme. "Mon enfant, que cherchez-vous dans la fort dans cette saison?" "Des fraises, monsieur." "Des fraises," rpta l'homme avec surprise, "ce n'est pas la saison des fraises. C'est la saison de la glace et de la neige." La petite fille rpondit: "Ma mre a dit, 'Allez la fort cueillir des fraises pour votre soeur,' et je suis force d'obir."

Alors l'homme barbe blanche donna son bton un des hommes barbe brune, et dit: "Frre Juin, les fraises sont votre affaire. Voulez-vous aider cette petite fille?"

"Avec le plus grand plaisir," rpondit Frre Juin. Il prit le bton et attisa le feu. En un instant toute la neige et toute la glace avaient disparu. La petite fille n'avait plus froid, elle avait chaud. Elle vit l'herbe verte, et quelques minutes aprs elle vit beaucoup de fraises dans l'herbe.

Alors Frre Juin se tourna vers elle et dit, "Ma chre petite fille, cueillez vos fraises, vite, vite, et partez." La petite fille cueillit les fraises, dit: "Merci, mon bon monsieur Juin," et partit.

Frre Juin donna le bton Frre Janvier. Il attisa le feu et en un instant les fraises avaient disparu, et la neige et la glace taient l comme avant.

La petite fille retourna la maison et frappa la porte. La mre ouvrit la porte, et demanda: "O sont les fraises?" Claire donna les fraises sa mre. "O avez-vous trouv ces fraises?" demanda la mre. "Dans la fort;" rpondit la petite fille, "il y avait beaucoup de fraises dans l'herbe." La mre tait trs surprise. Elle donna les fraises la mchante fille, qui les mangea toutes.

Le lendemain la mchante fille dit sa mre: "Ma mre, envoyez Claire la fort cueillir des pommes." La mre dit: "Ma fille, il n'y a pas de pommes dans la fort dans cette saison." Mais la mchante fille insista, et la mre dit Claire: "Ma fille, allez dans la fort cueillir des pommes pour votre soeur." Claire regarda sa mre avec surprise et dit: "Mais, ma mre, il n'y a pas de pommes dans la fort dans cette saison." La mre insista, et Claire partit.

Elle regarda droite et gauche, mais elle ne trouva pas de pommes. Elle avait froid, et dit: "O y a-t-il du feu?" Dans un instant elle vit le mme feu et les mmes hommes.

Elle s'approcha et dit l'homme barbe blanche qui avait le bton la main: "Mon bon monsieur, voulez-vous me permettre de me chauffer votre feu?" L'homme rpondit: "Certainement, ma pauvre enfant; que cherchez-vous dans la fort dans cette saison?" "Je cherche des pommes, monsieur." "C'est la saison de la neige et de la glace, ma pauvre enfant, ce n'est pas la saison des pommes."

"Oui, monsieur, mais ma mre a dit: 'Allez chercher des pommes,' et je suis force d'obir," dit Claire.

Alors l'homme barbe blanche prit son bton, se tourna vers un des hommes barbe noire et dit: "Frre Septembre, les pommes sont votre affaire. Voulez-vous aider cette pauvre petite fille?"

"Certainement," rpondit Frre Septembre. Il prit le bton, attisa le feu, et dans un instant la petite fille vit un pommier, tout couvert de pommes. Alors Frre Septembre se tourna vers la petite fille, et dit: "Ma chre petite fille, cueillez deux pommes, vite, vite, et partez." La petite fille cueillit deux pommes rouges, dit: "Merci, mon bon monsieur," et partit.

Frre Septembre donna le bton Frre Janvier, qui attisa le feu, et l'instant le pommier disparut, et les pommes rouges aussi, et la neige et la glace taient l comme avant.

La petite fille retourna la maison, elle frappa la porte. La mre ouvrit la porte, et demanda: "Avez-vous les pommes?" "Oui, ma mre," rpondit la petite fille. Elle donna les pommes sa mre et entra dans la maison. La mre donna les pommes la mchante fille. La mchante fille mangea les deux pommes, et demanda Claire: "Ma soeur, o avez-vous trouv ces grosses pommes rouges?" "Dans la fort, il y avait un grand pommier tout couvert de pommes rouges," rpondit Claire.

La mchante fille dit sa mre le lendemain: "Ma mre, donnez-moi mon manteau et mon capuchon. Je vais la fort cueillir beaucoup de violettes, de fraises, et de pommes." La mre donna le manteau et le capuchon Laure, qui partit.

Elle alla dans la fort, elle vit de la glace et de la neige, mais elle ne vit pas de violettes. Elle ne vit pas de fraises, et elle ne vit pas de pommes. Elle chercha droite, elle chercha gauche, en vain. Alors elle dit: "J'ai froid, o y a-t-il du feu?" Elle regarda droite et gauche, et vit le grand feu et les douze hommes, assis en silence autour du feu.

Laure s'approcha, et l'homme qui avait le bton dit: "Mon enfant, que cherchez-vous dans la fort dans cette saison?" "Rien," dit la mchante fille, qui tait aussi trs impolie.

Frre Janvier prit son bton, attisa le feu, et dans un instant la neige commena tomber. La mchante fille partit pour aller la maison, mais en route elle tomba dans la neige et prit.

La mre dit: "O est Laure?" Un moment aprs la mre prit son manteau et son capuchon et partit pour chercher Laure. Elle chercha dans la fort, elle arriva aussi au grand feu et vit les douze hommes.

Frre Janvier dit: "Ma bonne femme, que cherchez-vous dans la fort dans cette saison?" "Rien," rpondit la mre, qui tait aussi impolie.

Frre Janvier prit son bton, attisa le feu, et l'instant la neige commena tomber. La mre partit pour aller la maison, mais en route elle tomba dans la neige et prit aussi.

La bonne fille tait seule dans la maison, mais douze fois par an elle recevait la visite d'un des douze hommes. Dcembre, Janvier, et Fvrier apportaient de la glace et de la neige; Mars, Avril, et Mai apportaient des violettes; Juin, Juillet, et Aot apportaient de petits fruits; et Septembre, Octobre, et Novembre apportaient beaucoup de pommes. La petite fille tait toujours trs polie, et les douze mois taient ses bons amis.



LA ROSE MOUSSEUSE.[3]

[Note 3: The story of the "Moss Rose" has been developed from the following beautiful lines by Krummacher:—

"Weary of pleasure, And laden with treasure, The Angel of flowers Had wandered for hours; When he sunk to his rest With his wings on his breast. And the rose of the glade Lent her beautiful shade, To guard and to cover The flower king's slumber. When the Angel awoke, Then in rapture he spoke: "Thou queen of my bowers, Thou fairest of flowers, What gift shall be mine, And what guerdon be thine?"

"In guerdon of duty Bestow some new beauty," She said, and then smiled, Like a mischievous child. In anger he started, But ere he departed, To rebuke the vain flower, In the pride of her power, He flung some rude moss Her fair bosom across. But her new robes of green So became the fair queen, That the Angel of flowers Mistrusted his powers, And was heard to declare He had granted her prayer. ]

L'Amour alla un jour se promener dans la fort. C'tait un beau jour au mois de Juin. L'Amour se promena longtemps, longtemps. Il se promena si longtemps qu'il se trouva enfin fatigu, bien fatigu.

"Oh!" dit L'Amour, "je suis si fatigu!" Et L'Amour se coucha sur l'herbe verte pour se reposer. Tous les petits oiseaux de la fort arrivrent vite, vite pour voir l'Amour. L'Amour tait si joli, si blanc et rose. L'Amour avait de si jolis cheveux blonds et de si jolis yeux bleus.

"Oh!" dirent tous les petits oiseaux de la fort. "Regardez le petit Amour! Comme il est joli! Comme il est blanc et rose! Quel joli Amour! Quels jolis cheveux blonds! Quels jolis yeux bleus!"

Tous les oiseaux se perchrent sur les branches et commencrent chanter en choeur: "Quel joli petit Amour!"

Le petit Amour ferma ses jolis yeux bleus. Le petit Amour s'endormit. Il s'endormit profondment.

Les petits oiseaux continurent chanter, "Quel joli petit Amour!"

Alors le Soleil dit: "Les petits oiseaux de la fort chantent tous: 'Quel joli petit Amour!' O est ce joli petit Amour?" et le Soleil entra dans la fort pour chercher le joli petit Amour.

Le Soleil entra dans la fort, et, guid par le chant des petits oiseaux, il arriva bientt la place o le joli petit Amour tait couch sur l'herbe verte.

"Oh!" dit le Soleil, "Quel joli petit Amour! Comme il est blanc et rose! Quels jolis cheveux blonds! Quelle est la couleur des yeux de ce joli petit Amour?"

Le Soleil tait curieux, trs curieux, mais la Rose qui tait l dit: "Non, non, Soleil, vous tes curieux, trs curieux, mais le joli petit Amour dort. Partez, mchant Soleil, partez vite. L'Amour dort profondment, et les petits oiseaux chantent. Partez!

"Oh non!" dit le Soleil. "Je veux voir quelle est la couleur des yeux de ce joli petit Amour."

"Non, non!" dit la Rose, et elle se pencha sur L'Amour, et elle le protgea. La Rose protgea le petit Amour, et le Soleil, le Soleil curieux, resta dans la fort, et dit:

"Je veux voir la couleur des yeux de ce joli petit Amour. Je resterai ici, dans la fort, et quand l'Amour ouvrira les yeux, je serai content, trs content."

Le Soleil resta dans la fort, les oiseaux chantrent, la Rose protgea l'Amour, et l'Amour dormit profondment.

Enfin l'Amour ouvrit les yeux.

"Oh!" dit le Soleil, "j'ai vu la couleur des yeux de l'Amour. L'Amour a les yeux bleus!"

"Mais oui!" chantrent les petits oiseaux de la fort: "L'Amour a les yeux bleus!"

"Oui, certainement," dit la Rose, "L'Amour a les yeux bleus!"

L'Amour regarda le Soleil, et dit: "Oh Soleil" pourquoi tes-vous entr dans la fort?"

"Oh!" dit le Soleil, "j'ai entendu les oiseaux qui chantaient: 'Oh, le joli petit Amour'; et je suis entr dans la fort pour vous voir."

L'Amour dit au Soleil, "Oh Soleil, vous tes curieux, trs curieux."

"Oui," dit le Soleil, "je suis curieux, mais la Rose vous a protg."

"Merci! chre Rose," dit le joli petit Amour, "merci, merci. Vous tes bien bonne, chre Rose, et vous tes aussi belle que bonne. Quelle rcompense voulez-vous, chre Rose, vous qui tes la plus belle de toutes les fleurs?"

"Oh!" dit la Rose. "Donnez-moi un charme de plus!"

"Comment!" dit l'Amour, surpris. "Vous demandez un charme de plus. Impossible! Je vous ai dj donn tous les charmes. Je vous ai donn une forme parfaite. Je vous ai donn une couleur charmante. Je vous ai donn un parfum dlicat. Je vous ai donn tous les charmes et toutes les grces, et vous demandez un attrait (charme) de plus. Ce n'est pas raisonnable!"

"Oh!" dit la Rose, "raisonnable ou pas raisonnable, je vous demande un attrait de plus, cher Amour. Je vous ai protg. Rcompensez-moi!"

L'Amour dit: "C'est impossible!" Mais la Rose insista. Enfin l'Amour, en colre, dit: "Rose, vous tes belle, vous tes la plus belle des fleurs, mais vous n'tes pas sage (bonne)." Et l'Amour prit de la mousse. Il jeta la mousse sur la Rose, et dit: "Vous ne mritez rien que cela!"

La Rose, couverte de mousse verte, parut plus belle que jamais, et la Rose dit avec joie: "Merci, mon joli petit Amour! Merci, vous m'avez donn une rcompense. Vous m'avez donn une grce de plus." "Oui!" dit l'Amour, surpris. "Je vous ai donn une grce de plus!"

Le Soleil regarda la Rose, et dit aussi: "Mais oui! la Rose a une grce de plus." Et tous les petits oiseaux chantrent: "Mais oui, le joli petit Amour a donn une grce de plus la Rose, la plus belle des fleurs."

Et l'Amour partit en chantant aussi: "La Rose mousseuse est la plus belle des fleurs. Elle est bonne aussi. Elle m'a protg quand le Soleil est arriv pour voir la couleur de mes yeux qui sont bleus."

Et depuis ce jour la Rose, cette coquette, a toujours port un peu de mousse verte.



LES TROIS SOUHAITS.[4]

[Note 4: Another version of this story can be found in "Les Contes de Fes de Charles Perrault," where it is entitled "Les Souhaits Ridicules."]

Il y avait une fois un homme qui tait trs pauvre. Il demeurait avec sa femme dans une misrable petite maison. Tous les jours l'homme allait la fort pour couper du bois. Un jour il tait dans la fort et dit: "Je suis bien misrable! Je suis pauvre, je suis forc de travailler tous les jours. Ma femme a faim, j'ai faim aussi. Oui, je suis bien misrable!"

A cet instant une jolie petite fe parut, et dit: "Mon pauvre homme, j'ai entendu tout ce que vous avez dit. J'ai compassion de vous, et comme je suis fe je vous accorderai trois souhaits. Demandez ce que vous voulez, et vos trois souhaits seront accords."

La fe disparut aprs avoir parl ainsi, et le pauvre homme resta tout seul dans la fort. Il tait trs content maintenant, et dit: "Je vais la maison. Je vais dire ma femme qu'une fe m'a accord trois souhaits."

Le pauvre homme alla la maison, et dit sa femme: "Ma femme, je suis trs content. J'ai vu une fe dans la fort. La fe a dit: 'Mon pauvre homme, j'ai compassion de vous. Je suis fe, et je vous accorderai trois souhaits. Demandez ce que vous voulez.' Ma femme, je suis trs content."

"Oh oui," dit la pauvre femme, "je suis trs contente aussi. Entrez dans la maison, mon cher ami, et nous parlerons ensemble de la fe et des trois souhaits."

"Certainement," dit l'homme. Il entra dans la maison, s'assit prs de la table, et dit: "Ma femme, j'ai faim. Je propose de dner. Pendant le dner nous parlerons ensemble de la fe et des trois souhaits."

Le pauvre homme et la pauvre femme s'assirent prs de la table et commencrent manger et causer (=parler) ensemble. Le pauvre homme dit: "Ma femme, nous pouvons demander de grandes richesses." "Oui," dit la femme, "nous pouvons demander une jolie maison." L'homme dit: "Nous pouvons demander un empire." La femme rpondit: "Oui, nous pouvons demander des perles et des diamants en grande quantit." L'homme dit: "Nous pouvons demander une grande famille, cinq fils et cinq filles." "Oh," dit la femme, "je prfre six fils et quatre filles."

L'homme et la femme continurent ainsi, leur conversation, mais ils ne pouvaient pas dcider quels souhaits seraient les plus sages.

L'homme mangea sa soupe en silence regarda le pain sec, et dit: "Oh! j'aimerais avoir une bonne grosse saucisse pour dner." Au mme instant une grosse saucisse tomba sur la table. L'homme regarda la saucisse avec la plus grande surprise, la femme aussi.

Alors la femme dit: "Oh, mon mari, vous avez t trs imprudent. Vous avez demand une saucisse seulement. Un souhait est accord. Maintenant il reste seulement deux souhaits." "Oui," dit l'homme, "j'ai t imprudent, mais il y a encore deux souhaits. Nous pouvons demander de grandes richesses et un empire."

"Oui," dit la femme, "nous pouvons demander encore de grandes richesses et un empire, mais nous ne pouvons pas demander dix enfants. Vous avez t si imprudent. Vous avez demand une saucisse. Vous prfrez une saucisse, sans doute, une grande famille." Et la pauvre femme continua ses lamentations et rpta si souvent: "Vous avez t trs imprudent," que l'homme perdit patience et dit: "Je suis fatigu de vos lamentations: je voudrais que cette saucisse ft pendue au bout de votre nez!"

Un instant aprs la saucisse tait pendue au bout du nez de la pauvre femme. La pauvre femme tait trs surprise, et l'homme aussi. La femme commena se lamenter encore plus, et dit son mari: "Ah, mon mari, vous tes bien imprudent. Vous avez demand une saucisse, et maintenant vous avez demand que cette saucisse ft pendue au bout de mon nez. C'est terrible. Deux souhaits sont accords. Maintenant il reste seulement un souhait!"

"Oui," dit l'homme. "Mais nous pouvons demander de grandes richesses." "Oui," dit la femme, "mais j'ai une saucisse pendue au bout du nez. Je suis ridicule. J'tais jolie, maintenant je suis laide, et c'est de votre faute!" et la pauvre femme pleura.

L'homme regarda sa femme, et dit: "Oh, j'aimerais que cette saucisse ne ft pas ici." l'instant la saucisse disparut, et l'homme et la femme taient aussi pauvres qu'avant. La femme se lamenta, l'homme aussi, mais les trois souhaits avaient t accords, et l'homme se trouva oblig de manger son pain sec.

Aprs le dner il retourna la fort pour couper du bois. Il dit: "Je suis bien bien misrable," mais la fe n'arriva pas, et il resta toujours pauvre. Il n'avait pas de richesses, il n'avait pas d'empire, il n'avait pas de perles, il n'avait pas de diamants, il n'avait pas de fils, il n'avait pas de filles, et il n'avait pas mme une saucisse pour son dner.

Sa femme continua pleurer, et elle disait tous les jours son mari: "Ah, si vous n'aviez pas t si imprudent, nous serions riches et contents, et nous aurions une grande famille. Hlas! hlas!"



LE CHAT ET LE RENARD.[5]

[Note 5: A Russian folk story. The cat is considered a foreigner who has just arrived from Siberia, while the fox, the bear, and the wolf are quite at home in the forest.]

Un paysan avait un chat qui tait trs mchant et si dsagrable que tout le monde le dtestait. Le paysan tait fatigu de ce chat, et un jour il le mit dans un grand sac. Le paysan porta le sac dans le bois (la fort), et quand il fut arriv une grande distance de la maison, il ouvrit le sac, et le mchant chat sortit.

Le chat resta dans la fort, o il trouva une petite cabane. Le chat demeura dans cette cabane et mangea beaucoup de souris et d'oiseaux. Un jour le chat alla se promener dans la fort et rencontra Mademoiselle Renard. Elle regarda le chat avec curiosit, et dit: "Mon beau monsieur, qui tes-vous? Que faites-vous dans la fort?"

"Je suis le bailli de la fort. Mon nom est Ivan. J'arrive de la Sibrie pour gouverner cette fort."

"Oh," dit Mademoiselle Renard. "Je vous prie, Monsieur le bailli de la fort, venez dner avec moi."

Le chat accepta l'invitation, et au dner Mademoiselle Renard dit: "Monsieur le bailli, tes-vous garon ou mari?"

"Je suis garon," rpondit le chat.

"Et moi, je suis demoiselle. Monsieur le bailli, pousez-moi!"

Le chat consentit ce mariage, qui fut clbr avec beaucoup de crmonie. Le lendemain du mariage, le chat dit sa femme: "Madame Renard, j'ai faim; allez la chasse et apportez-moi un bon dner." Madame Renard partit. Elle rencontra le loup, qui dit: "Oh ma chre amie, je vous cherche depuis longtemps en vain. O avez-vous t?"

"Chez mon mari, le bailli de la fort, car je suis marie!"

"Vous, marie!" dit le loup avec surprise. "J'aimerais faire visite votre mari."

"Trs-bien," dit Madame Renard, "mais comme mon mari est terrible, je vous conseille d'apporter un agneau. Dposez l'agneau la porte, et cachez-vous; sans cela il vous dvorera."

Le loup courut chercher un agneau pour le chat. Madame Renard continua sa route. Elle rencontra l'ours. L'ours dit: "Bonjour, ma chre amie. D'o venez-vous?"

"De la maison de mon mari," rpondit Madame Renard. "Mon mari est le bailli Ivan."

"Oh!" dit l'ours, "permettez-moi de faire visite votre mari."

"Certainement," rpondit Madame Renard, "mais mon mari a la mauvaise habitude de dvorer tous les animaux qu'il n'aime pas. Allez chercher un boeuf. Apportez-le-lui en hommage. Le loup apportera un agneau."

L'ours partit; il alla chercher un boeuf. Il rencontra le loup avec un agneau. Le loup dit: "Mon ami l'ours, o allez-vous?"

"Chez le mari de Madame Renard. Je lui porte un boeuf. O allez-vous, mon cher loup?"

"Je vais aussi chez le mari de Madame Renard. Je lui porte un agneau. Madame Renard dit que son mari est terrible!"

Les deux animaux continurent leur route; ils arrivrent bientt prs de la maison du chat. Le loup dit l'ours: "Allez, mon ami, frappez la porte, et dites au mari de Madame Renard que nous avons apport un boeuf et un agneau."

"Oh non!" dit l'ours, "j'ai peur. Allez vous-mme!"

"Impossible," dit le loup, "mais voil le livre, il ira pour nous."

Le livre alla la cabane. Le loup se cacha sous les feuilles sches, et l'ours grimpa sur un arbre.

Quelques minutes aprs Madame Renard arriva avec le chat, son mari. "Oh!" dit le loup l'ours. "Le mari de Madame Renard est trs petit."

"Oui!" dit l'ours avec mpris, "il est en effet fort petit!"

Le chat arriva. Il sauta sur le boeuf, et dit avec colre: "C'est peu, trs peu!" "Oh!" dit l'ours avec surprise; "il est si petit, et il a un si grand apptit! Un taureau est assez grand pour quatre ours. Il est terrible en effet!"

Le loup, cach sous les feuilles, trembla. Le chat entendit un petit bruit dans les feuilles. Il pensa qu'une souris tait cache sous les feuilles, et il courut et enfona ses griffes dans le museau du loup. Le loup pensa que le chat voulait le dvorer, et il partit vite, vite.

Le chat, qui avait peur du loup, sauta sur l'arbre.

"Oh!" dit l'ours. "Le chat m'a vu, il m'a vu, il va me dvorer!" Et l'ours descendit rapidement de l'arbre et suivit le loup. Madame Renard, qui avait tout vu, cria: "Mon mari vous dvorera, mon mari vous dvorera!" L'ours et le loup racontrent leurs aventures tous les autres animaux de la fort, et tous les animaux avaient peur du chat. Mais le chat et Madame Renard taient trs heureux, car ils avaient beaucoup de viande manger.



BLANCHE-NEIGE.[6]

[Note 6: This is the Russian version of the myth of the Snow Maiden, which appears in the folk tales of all northern nations. Small at the beginning of the season, the child's rapid growth is emblematic of the rapid increase of the cold, and her sudden disappearance in the woods is typical of the melting of the last snows, which linger longest in the dense forests where the sunbeams cannot penetrate.]

Il y avait un paysan appel Ivan, sa femme se nommait Marie. Ces paysans n'avaient pas d'enfants, et ils taient trs tristes. Un jour, en hiver, le paysan tait assis la fentre. Il vit les enfants du village qui jouaient dans la neige. Les enfants taient trs occups. Ils faisaient une bonne femme de neige.

Ivan dit sa femme: "Ma femme, regardez ces enfants, ils s'amusent, ils font une bonne femme de neige. Venez dans le jardin, amusons-nous faire une bonne femme de neige."

Le paysan et sa femme allrent dans le jardin, et la femme dit: "Mon mari, nous n'avons pas d'enfants; faisons un enfant de neige."

"Voil une bonne ide!" dit l'homme. Et il commena faonner un petit corps, de petites mains, de petits pieds. La femme faonna une petite tte et la plaa sur les paules de la statue de neige.

Un homme passait sur la route; il les regarda un instant en silence, puis il dit: "Dieu vous aide."

"Merci," dit Ivan.

"Le secours de Dieu est toujours bon quelque chose," rpondit Marie.

"Que faites-vous donc?" demanda le passant.

"Nous faisons une fille de neige," dit Ivan. Et en parlant ainsi il fit le nez, le menton, la bouche et les yeux. En quelques minutes l'enfant de neige tait finie. Ivan la regarda avec admiration. Tout coup il remarqua que la bouche et les yeux s'ouvraient. Les joues et les lvres changrent de couleur, et quelques minutes aprs il vit devant lui une enfant vivante.

"Qui tes-vous?" dit-il tout surpris de voir une enfant vivante la place de la petite statue de neige.

"Je suis Blanche-Neige, votre fille," dit l'enfant, et elle embrassa l'homme et la femme, qui commencrent pleurer de joie. Les parents conduisirent Blanche-Neige dans la maison, et elle commena grandir trs rapidement.

Toutes les petites filles du village arrivrent chez le paysan pour jouer avec la charmante petite fille. Elle tait si bonne et si jolie. Elle tait blanche comme la neige, elle avait les yeux bleus comme le ciel, sa longue chevelure dore tait admirable, et bien que ses joues ne fussent pas aussi roses que celles des autres enfants du village, elle tait si douce que tout le monde l'aimait beaucoup.

L'hiver se passa trs rapidement, et Blanche-Neige grandit si vite que quand le soleil du printemps fit verdir l'herbe, elle tait aussi grande qu'une fille de douze ou treize ans. Pendant l'hiver Blanche-Neige avait toujours t trs gaie, mais quand le beau temps arriva elle tait toute triste. La mre Marie remarqua sa tristesse, et dit: "Ma chre enfant, pourquoi tes-vous triste? tes-vous malade?" "Non, je ne suis pas malade, ma bonne mre," rpondit l'enfant, et elle resta tranquille dans la maison.

Les petites filles du village arrivrent et dirent: "Blanche-Neige, venez avec nous, venez avec nous, nous allons au bois cueillir des fleurs."

"Voil une bonne ide!" dit Marie. "Allez au bois avec vos petites amies, mon enfant, allez et amusez-vous bien!"

Les enfants partirent. Elles allrent au bois, elles cueillirent des fleurs, elles firent des bouquets et des couronnes, et quand le soir arriva elles firent un grand feu.

"Maintenant, Blanche-Neige, regardez bien et faites comme nous," dirent-elles, et elles commencrent chanter et danser. Elles sautrent aussi l'une aprs l'autre travers le feu.[7] Tout coup elles entendirent une exclamation: "Ah!" Toutes les petites filles regardrent, et un instant aprs elles remarqurent que Blanche-Neige n'tait plus l.

[Note 7: Jumping through the fire is a vestige of heathenism.]

"Blanche-Neige, o tes-vous?" crirent-elles, mais Blanche-Neige ne rpondit pas. Les petites filles cherchrent en vain, elles ne trouvrent pas leur petite compagne. Ivan, Marie et tous les paysans cherchrent aussi en vain, car la petite Blanche-Neige s'tait change en une petite vapeur au contact du feu, et elle s'tait envole vers le ciel d'o elle tait venue sous la forme d'un flocon de neige.



LES TROIS CITRONS.[8]

[Note 8: One of the Austro-Hungarian folk tales. Different versions of this story have been given, among others by Wratislaw, in his "Sixty Folk Tales from exclusively Slavonic Sources," and by Laboulaye in his well-known "Fairy Book."]

Il y avait une fois un prince beau comme le jour, riche et aimable. Le roi, son pre, dsirait beaucoup de le voir mari, et tous les jours il lui disait: "Mon fils, pourquoi ne choisissez-vous pas une femme parmi toutes les belles demoiselles de la cour?" Mais le fils regardait toutes les demoiselles avec indiffrence, et refusait toujours de choisir une femme. Enfin, un jour, fatigu des remontrances de son pre, il dit:

"Mon pre, vous dsirez me voir mari. Je n'aime pas les demoiselles de la cour. Elles ne sont pas assez jolies pour me plaire. Je propose de faire un long voyage, tout autour du monde, si c'est ncessaire, et quand je trouverai une princesse, aussi blanche que la neige, aussi belle que le jour, et aussi intelligente et aimable qu'un ange, je la prendrai pour femme, sans hsiter."

Le roi tait enchant de cette dcision, dit adieu son fils, lui souhaita un bon voyage, et le prince partit tout joyeux.

Il commena son voyage gaiement, et alla tout droit devant lui. Enfin il arriva la mer, o il trouva un beau vaisseau l'ancre. Il s'embarqua sur ce vaisseau, et quelques minutes aprs des mains mystrieuses et invisibles levrent l'ancre, et le vaisseau quitta rapidement le port. Le prince navigua ainsi pendant trois jours. Alors le vaisseau arriva une le.

Le prince dbarqua avec son cheval, et continua son voyage, malgr le froid intense et la neige et la glace qui l'entouraient de tous cts. Le prince tait surpris de se trouver dj en hiver, mais il continua bravement son chemin. Il arriva enfin une toute petite maison blanche. Il heurta (=frappa) la porte, et une vieille dame, aux cheveux blancs, ouvrit la porte.

"Que cherchez-vous, jeune homme?" demanda-t-elle.

"Je cherche une femme, la plus jolie au monde; pouvez-vous me dire o la trouver?" rpondit le prince.

"Non, il n'y a pas de femme pour vous dans mon royaume. Je suis l'Hiver, je n'ai pas le temps de m'occuper de mariages. Mais allez visiter ma soeur, l'Automne, elle vous trouvera peut-tre la femme idale que vous cherchez."

Le prince remercia la belle dame aux cheveux blancs, remonta cheval, continua son chemin et remarqua bientt que la neige et la glace avaient disparu, et que les arbres taient tout couverts de beaux fruits. Il arriva bientt aprs une petite maison brune, et frappa la porte. Une belle dame, aux yeux et aux cheveux noirs, ouvrit la porte, et demanda d'une voix bien douce:

"Que voulez-vous, jeune homme, et que cherchez-vous ici dans mon royaume?"

"Je cherche une femme," rpondit le prince sans hsitation.

"Une femme!" rpta la belle dame avec surprise. "Je n'ai pas de femme pour vous. Je suis l'Automne, et je suis trs occupe, je vous assure, car j'ai tous les fruits cueillir. Allez faire visite ma soeur, l't, elle aura peut-tre le temps de s'occuper de vous et de vous trouver une jolie femme."

Le prince, ainsi congdi, continua son voyage. Il remarqua avant bien longtemps que l'herbe tait haute, que le feuillage tait pais, et que le bl tait mr. Il n'avait plus froid, au contraire il avait bien chaud, et il fut trs content d'apercevoir une petite maison jaune, peu de distance. Arriv la porte de cette petite maison, il heurta, et une jolie femme, aux cheveux bruns et aux joues rouges, ouvrit la porte en demandant:

"Que voulez-vous, jeune homme, et que cherchez-vous dans mon royaume?"

"Madame," dit le prince avec la plus grande politesse, "j'ai eu l'honneur de faire visite vos deux soeurs, l'Hiver et l'Automne. Je leur ai demand de me trouver une femme, la plus jolie du monde, mais elles sont trop occupes et m'ont envoy chez vous. Pouvez-vous me procurer la femme charmante que je cherche depuis si longtemps en vain?"

"Ah, mon prince," rpondit la belle dame aux cheveux bruns et aux joues rouges, "je suis aussi fort occupe, et je n'ai pas le temps de vous trouver une femme. Mais allez faire visite ma soeur, le Printemps, elle vous aidera certainement."

Le prince la remercia et partit. Quelques minutes aprs il remarqua que l'herbe tait d'un vert plus tendre, que tous les arbres taient couverts de fleurs, et vit une petite maison verte, au milieu d'un jardin, o il y avait une grande quantit de belles fleurs: des tulipes, des jacinthes, des jonquilles, des violettes, des lilas, des muguets, etc., etc.

Notre hros heurta la porte de cette petite maison, et une dame aux cheveux blonds et aux yeux bleus parut immdiatement. "Que cherchez-vous, jeune homme," demanda-t-elle?

"Je cherche une femme. Vos trois soeurs, l'Hiver, l'Automne et l't taient trop affaires pour m'en procurer une, mais j'espre bien que vous aurez compassion de moi, et que vous me trouverez la personne charmante que je cherche depuis si longtemps en vain."

"Oui, mon prince, je vous aiderai," rpondit la jolie jeune femme. "Entrez dans ma petite maison, asseyez-vous l, cette petite table, et je vous donnerai boire et manger, car vous avez sans doute bien faim et bien soif."

Le prince accepta cette invitation, entra, s'assit table et mangea et but avec plaisir. Quand il eut fini son repas, le Printemps lui apporta trois beaux citrons, un joli couteau d'argent et une magnifique coupe d'or, et dit:

"Prince, voici trois citrons, un couteau d'argent et une coupe d'or. Je vous donne ces objets magiques. Quand vous arriverez tout prs du chteau de votre pre, arrtez-vous la fontaine.

"Prenez ce couteau d'argent, coupez le premier citron, et au mme instant une belle princesse paratra. Elle vous demandera boire. Si vous lui donnez immdiatement boire dans la coupe d'or, elle restera avec vous et sera votre femme; mais si vous hsitez, mme un instant, elle disparatra, et vous ne la reverrez plus jamais.

"Si vous avez le malheur de la perdre, coupez le second citron, et une seconde princesse paratra, qui vous demandera aussi boire. Si vous ne lui donnez pas immdiatement boire, elle disparatra aussi.

"Alors vous couperez le troisime citron, une troisime princesse paratra; elle demandera boire, et si vous lui permettez de disparatre, aussi, vous n'aurez jamais de femme, et vous n'en mriterez pas, parce que vous aurez t trop stupide."

Le prince couta les instructions de la jolie dame avec beaucoup d'attention; il prit le couteau d'argent, la coupe d'or et les trois citrons, monta cheval, et partit. Il passa travers le royaume du Printemps, de l't, de l'Automne, de l'Hiver, arriva au bord de la mer, trouva le vaisseau, s'embarqua, et arriva au bout de trois jours, au port o il s'tait embarqu. Quelques jours aprs il arriva la fontaine prs du chteau de son pre.

Il descendit de cheval, prit les trois citrons et le couteau d'argent, remplit la coupe d'or d'eau pure la fontaine, et quand ces prparatifs furent tous finis il coupa le premier citron d'une main tremblante. Au mme instant une princesse, belle comme le jour, se prsenta devant lui, et dit timidement: "Prince, j'ai soif, voulez-vous, s'il-vous-plat, me donner boire?"

Mais le prince tait si occup l'admirer, qu'il oublia la recommandation du Printemps, et ne lui donna pas boire. La princesse le regarda un instant d'un air de reproche, et puis elle disparut. Le prince, au dsespoir, pleura et se lamenta. Il dit cent fois, au moins, qu'il tait bien stupide de laisser chapper une si belle princesse, et enfin il se dcida couper le second citron.

Une seconde princesse, plus belle que la premire, se prsenta aussitt, et dit: "Prince, j'ai soif, donnez-moi boire, s'il-vous-plat." Mais le pauvre prince tait si surpris de sa beaut, qu'il resta l, la bouche ouverte, et oublia de lui donner boire. La seconde princesse le regarda d'un air de reproche, et disparut aussi. Alors le prince pleura et se lamenta, et dit au moins deux cents fois: "Je suis stupide, trs stupide," mais la princesse avait compltement disparu.

Aprs avoir pleur longtemps, le prince se dcida couper le troisime citron, et une troisime princesse, plus belle que les deux autres, se prsenta devant lui: "Prince," dit-elle, timidement, "j'ai soif, donnez-moi boire, s'il-vous-plat."

Le prince lui donna boire immdiatement. Alors la princesse s'assit ct de lui, et quand il lui demanda si elle voulait bien tre sa femme, elle rougit, et dit, "Oui."

Le prince la regarda avec admiration, et dit: "Que vous tes belle! Vous tes la plus belle personne du monde, j'en suis sr! Mais votre robe n'est pas belle. Elle est trop modeste. Attendez ici, et j'irai au chteau de mon pre, chercher une belle robe de satin blanc et une voiture pour vous prsenter mon pre comme une grande dame."

La princesse tait trs timide; elle avait peur de rester seule, mais enfin elle consentit rester prs de la fontaine, et le prince partit. Il alla au chteau de son pre, dit qu'il avait trouv une princesse, blanche comme la neige, belle comme le jour, et aimable et intelligente comme un ange, et promit de la prsenter dans une heure.

Alors le prince alla demander une belle robe de satin blanc sa soeur favorite, donna ordre de prparer la plus belle voiture, et fit tous les prparatifs ncessaires pour recevoir la princesse avec honneur. Quand tout fut prt, il monta en voiture pour aller chercher la belle princesse qu'il tait impatient de revoir.

Pendant son absence, la princesse, qui avait peur de rester l toute seule, grimpa dans un grand arbre, prs de la fontaine, et se cacha dans le feuillage. Tout son corps tait compltement cach, mais sa jolie figure tait visible, et se refltait dans l'eau pure de la fontaine, comme dans un miroir.

Quelques minutes aprs, une ngresse arriva la fontaine pour chercher de l'eau. Elle avait une grande cruche, elle se pencha sur l'eau, vit la jolie figure, et regarda droite et gauche pour dcouvrir la personne qui cette jolie figure appartenait. Mais elle ne vit personne, et dcida bientt que l'image qu'elle voyait dans l'eau tait celle de sa propre figure:

"Oh, que je suis jolie," dit-elle avec joie. "Que je suis jolie. Je suis aussi jolie qu'une princesse. Ma matresse dit toujours: 'Lucie, vous tes laide, laide faire peur,' mais ce n'est pas vrai. Je suis jolie, et ma matresse est jalouse parce que je suis plus jolie qu'elle. Je suis trop jolie pour porter de l'eau!" Et la ngresse cassa sa cruche sur les pierres, et retourna chez sa matresse, qui attendait l'eau avec impatience.

"O est la cruche?" demanda-t-elle. "O est l'eau que je vous ai dit de m'apporter?"

"J'ai cass la cruche, je suis trop jolie pour porter de l'eau," dit la ngresse.

"Vous! Jolie!" dit la dame avec tonnement (surprise), "vous tes laide faire peur!" Et la matresse, en colre, battit la pauvre ngresse, lui donna une autre cruche, et la renvoya, en pleurant la fontaine.

La ngresse retourna lentement la fontaine, se pencha sur l'eau, vit la mme jolie figure, et dit: "Oh, que je suis jolie! Je suis sre que je suis la plus jolie personne du monde! Je ne porterai pas l'eau pour ma matresse," et elle cassa la seconde cruche et retourna la maison sans eau.

"O est l'eau de la fontaine, esclave?" demanda la matresse imprieusement.

"L'eau est dans la fontaine, et la cruche est casse. Je ne serai plus votre servante. Je suis trop jolie. Je suis assez jolie pour pouser le prince."

Alors la matresse commena rire, et dit: "Que vous tes absurde, Lucie; vous tes laide, laide faire peur; retournez la fontaine!"

La ngresse retourna la fontaine avec une troisime cruche et se pencha sur l'eau. Quand elle vit la jolie figure, rflchie dans l'eau limpide, elle dit: "Oh, que je suis jolie!" et cette fois elle parla si haut que la princesse dans l'arbre l'entendit. Amuse par ces exclamations, elle se mit rire. La ngresse, surprise, leva la tte, et vit la jolie princesse: "Ah," pensa-t-elle, "c'est cette personne-l qui a caus tout mon malheur! Je me vengerai!"

Alors d'une voix bien douce, elle, dit: "Ma jolie dame, pourquoi tes-vous dans cet arbre?"

"Pour attendre le prince, mon fianc, qui est all au palais du roi, son pre, chercher une belle robe de satin blanc, et une voiture."

"Ma jolie dame, vos beaux cheveux blonds sont en dsordre, voulez-vous me permettre de grimper dans l'arbre et de vous les arranger?"

La princesse consentit, la ngresse grimpa sur l'arbre, prit une grande pingle, et pera la tte de la pauvre princesse, qui jeta un cri terrible et disparut. La ngresse, surprise, leva la tte et vit un joli pigeon blanc qui s'envolait en poussant des cris plaintifs. Alors la ngresse s'assit la place de la princesse et attendit le retour du prince.

Quelques minutes aprs le prince arriva avec toute sa suite. Il regarda droite et gauche, et ne vit personne. Il commena appeler:

"Ma princesse, ma belle fiance, ma bien-aime, o tes-vous?"

"Ici," rpondit la ngresse.

Le prince courut l'arbre avec empressement. Mais quelle ne fut pas sa surprise et son chagrin quand il vit la vilaine ngresse, au lieu de sa charmante fiance.

"O est ma princesse, ma fiance, une dame belle comme le jour et blanche comme la neige?" demanda-t-il.

"Je suis votre fiance," dit la ngresse; "je suis la belle princesse, je suis votre bien-aime. Mais pendant votre absence une mchante fe est venue et m'a change en ngresse, comme vous voyez."

Le prince tait un homme d'honneur, et comme il avait demand la main de la jolie princesse, il pensa: "Je suis forc d'pouser cette personne, parce qu'elle dclare qu'elle est ma fiance."

Alors il aida la ngresse descendre de l'arbre et appela les dames d'honneur, qui regardrent leur nouvelle souveraine avec dgot. Le prince leur ordonna de vtir la ngresse, et elles lui donnrent la belle robe de satin blanc, le voile de marie, et la couronne de fleurs d'oranger. Mais toute cette belle toilette la faisait paratre plus laide que jamais.

Quand la toilette de la ngresse fut compltement finie, le prince la conduisit la voiture, prit place ct d'elle, et alla au chteau. Le vieux roi, anxieux de voir la beaut de sa future belle-fille, la reut la porte. Il regarda la ngresse avec surprise, se tourna vers son fils et dit avec colre:

"Mon fils, tes-vous fou? Vous avez dit que la princesse que vous aviez choisie tait plus blanche que la neige, plus belle que le jour, intelligente et aimable comme un ange, et maintenant vous arrivez avec une vilaine ngresse, qui est laide faire peur."

Le roi tait si en colre contre son fils qu'il lui tourna le dos, et alla dans sa chambre, o il pleura de rage.

Le prince conduisit la ngresse l'appartement qui avait t prpar pour elle. Il plaa le chteau et tous les domestiques sa disposition, et lui dit que leur mariage aurait lieu seulement le lendemain.

Alors le prince alla trouver son pre, lui raconta toutes ses aventures, et dclara qu'il ne se consolerait jamais de la perte de la jolie princesse, mais, qu'tant un homme d'honneur, il ne pourrait jamais refuser d'pouser la ngresse.

Pendant que le prince tait avec son pre, la ngresse, heureuse de commander aux autres, alla partout dans le palais, donna des ordres tous les domestiques, et arriva enfin la cuisine, o elle dit au chef de faire beaucoup de bonnes choses manger.

Pendant qu'elle donnait cet ordre, un joli pigeon blanc vint se poser sur un arbre, tout prs de la fentre de la cuisine, et poussa un petit cri plaintif. La ngresse vit le pigeon, le montra au chef, et dit: "Chef, prenez votre grand couteau, coupez la tte ce pigeon, et faites-le rtir pour mon souper."

Le cuisinier prit son grand couteau, alla dans le jardin, et tua le pauvre petit pigeon blanc. Trois gouttes de sang tombrent terre, et le chef porta le pigeon la cuisine pour le rtir pour le souper de la ngresse, sa nouvelle matresse.

Le prince avait quitt son pre, et il s'tait retir dans sa chambre pour pleurer la belle princesse. Il tait prs de la fentre; il vit le cuisinier tuer le pigeon blanc, et il remarqua les trois gouttes de sang qui tombrent terre.

Quelques minutes aprs que le cuisinier fut parti, le prince remarqua trois petites plantes qui sortaient de terre la place o les trois gouttes de sang du pigeon taient tombes. Ces trois petites plantes poussaient avec une rapidit extraordinaire, et en quelques minutes le prince vit avec surprise trois arbres, tout couverts de fleurs.

Quelques minutes aprs les fleurs avaient disparu, et le prince remarqua trois fruits verts. En un instant les fruits taient mrs, et le prince vit avec surprise que ces fruits taient trois citrons. Il descendit dans le jardin, cueillit les trois citrons, remonta dans sa chambre, remplit la coupe d'or d'eau frache, et prit le couteau d'argent.

Le pauvre prince coupa le premier citron, en tremblant; la premire princesse parut, et demanda boire, mais le prince dit: "Oh non, charmante princesse, ce n'est pas vous que je veux pour femme." Il coupa le second citron, la seconde princesse parut, et il lui refusa aussi boire. Mais quand il coupa le troisime citron et que la troisime princesse parut, il lui donna boire avec empressement, et elle resta avec lui, et il l'embrassa avec joie.

La jolie princesse raconta toutes ses aventures au prince, et il dit que la ngresse serait punie. Mais le prince tait si heureux de revoir sa chre princesse qu'il dansa de joie. Le roi, entendant le bruit dans la chambre du prince, arriva en colre, ouvrit la porte, et dit: "Mon fils, vous tes dcidment fou! Pourquoi dansez-vous maintenant?"

"Oh mon pre," rpondit le prince, "je danse de joie, parce que j'ai retrouv la chre princesse, la plus jolie femme du monde!" et le prince prsenta la princesse son pre, qui la regarda avec admiration, et dit: "Mon fils, vous avez raison, cette princesse est belle comme le jour, blanche comme la neige, et je suis sr qu'elle est aussi bonne et intelligente qu'un ange!"

Alors le roi demanda au prince comment il avait retrouv la princesse, o elle avait disparu, et quand il eut entendu toute l'histoire, il dit: "La ngresse est une trs mchante femme. Elle mrite une punition trs svre."

Alors le roi prit un grand voile, le jeta sur la tte de la princesse, et la mena dans la grande salle, o tous les courtisans taient assembls autour de la ngresse, qui portait une robe de satin rose toute couverte de perles et de diamants.

Le roi s'avana vers la ngresse et dit: "Madame, demain vous pensez tre la reine de ce royaume. Donnez-moi votre opinion, et dites-moi quelle punition mrite la personne qui attaquerait la future femme du prince, mon fils?"

"Une personne qui attaquerait la femme de votre fils mriterait une mort terrible. Elle mriterait d'tre jete dans un grand four, rtie toute vive, et je commanderais que ses cendres fussent jetes au vent."

Le roi rpondit: "Madame, vous avez prononc votre propre punition. Vous tes une femme cruelle! Vous avez voulu tuer cette jolie princesse, la future femme de mon fils, et vous serez jete dans un four, rtie toute vive, et je commanderai que vos cendres soient jetes au vent!"

Alors le roi leva le voile de la princesse, et tous les courtisans et toutes les dames d'honneur s'crirent: "Oh, quelle jolie princesse!"

La pauvre ngresse se jeta genoux devant le roi, et dit: "Mon roi, mon roi, ayez compassion de moi, ayez compassion de moi, ne me faites pas rtir toute vive dans un four. Pardon, mon roi, pardon!"

Mais le roi refusa de pardonner la ngresse; alors la belle princesse s'avana, et dit: "Votre majest a promis de me donner un beau cadeau de noces. Donnez-moi la vie de cette pauvre crature si ignorante!"

Le roi consentit la demande de la princesse, qui trouva une bonne place pour la ngresse, et tout le monde dclara que la nouvelle reine tait aussi bonne que belle.

Le mariage du prince et de la princesse fut clbr le lendemain avec beaucoup de pompe et de crmonie, et le prince et la princesse furent heureux tout le reste de leur vie, et regretts aprs leur mort de tous leurs sujets.



LA VILLE SUBMERGE.[9]

[Note 9: This is one of the Dutch Medival Legends. The only Stavoren now existing is a little fishing town on the northeast coast of the Zuyder Zee. This gulf was caused by "the terrific inundations of the thirteenth century," when thousands of people perished. It was only after this inundation took place that the city of Amsterdam arose on the southwest shore of the Zuyder Zee. The story, with the exception of the inundation, is purely mythical.]

Il y avait une fois, en Hollande, une grande et belle ville appele Stavoren. Cette ville tait situe prs de la mer, et les habitants taient trs riches, parce que leurs vaisseaux allaient dans toutes les diffrentes parties du monde chercher les trsors de toutes les diffrentes contres.

Les habitants de Stavoren taient trs riches, et ils taient fiers de leur or, fiers de leur argent, fiers de leurs vaisseaux, et fiers de leurs grands palais. Ils taient fiers et gostes aussi, parce qu'ils ne pensaient jamais aux pauvres, qui n'avaient ni or, ni argent, ni vaisseaux, ni palais.

Il y avait une dame Stavoren qui tait plus riche et plus fire que tous les autres habitants; elle tait aussi plus goste et plus cruelle envers les pauvres. Un jour, cette dame si riche appela le capitaine de son plus grand vaisseau, et dit:

"Capitaine, prparez votre vaisseau, et quittez le port. Allez me chercher une grande cargaison de la chose la plus prcieuse du monde."

"Certainement, madame," dit le capitaine, "commandez, et j'obirai. Mais que voulez-vous, madame? Voulez-vous une grande cargaison d'or, d'argent, de pierres prcieuses, ou d'toffes? Que voulez-vous?"

"Capitaine," rpondit la dame, "j'ai donn mes ordres. Je demande une cargaison de la chose la plus prcieuse du monde. Il y a seulement une chose qui est plus prcieuse que toutes les autres. Allez chercher cette chose-l et partez immdiatement."

Le pauvre capitaine, qui avait peur de la dame, obit. Il alla au port, il prpara son vaisseau, et partit. Alors il appela ses officiers et ses matelots, et dit:

"Camarades, notre matresse a command une grande cargaison de la chose la plus prcieuse du monde. Elle a refus de dire quelle est la chose la plus prcieuse du monde. Je ne sais pas quelle est la chose la plus prcieuse du monde. Savez-vous quelle est la chose la plus prcieuse du monde?"

"Oui, mon capitaine," rpondit un officier, "la chose la plus prcieuse du monde, c'est l'or."

"Oh, non, mon capitaine," rpondit un autre officier, "la chose la plus prcieuse du monde, c'est l'argent."

"Non," dit un autre. "Mes camarades, la chose la plus prcieuse du monde ce sont les pierres prcieuses, les perles, les diamants, et les rubis."

Un autre matelot dit: "Mon capitaine, la chose la plus prcieuse du monde ce sont les toffes." Tous les hommes et tous les officiers avaient une opinion diffrente, et le pauvre capitaine tait trs embarrass. Enfin le capitaine dit: "Je sais quelle est la chose la plus prcieuse du monde, c'est le bl. Avec le bl on fait le pain, la chose la plus prcieuse du monde, parce que le pain est indispensable." Le capitaine tait content, et tous les hommes taient contents aussi.

Le capitaine dirigea son vaisseau dans la mer Baltique.[10] Il alla la ville de Dantzic.[11] L il acheta une grande cargaison de bl magnifique. Il chargea la cargaison de bl sur son vaisseau, et il repartit pour Stavoren. Pendant son absence, la dame avait fait visite toutes les personnes riches de Stavoren, et avait dit: "J'ai envoy mon capitaine chercher une cargaison de la chose la plus prcieuse du monde."

[Note 10: The Baltic Sea, between Germany, Denmark, Scandinavia, and Russia.]

[Note 11: Dantzic, a city in West Prussia, on the Baltic coast.]

"Ah," rpondaient les personnes riches, "quelle est cette chose?" Mais la dame refusait de rpondre et disait seulement: "Devinez, mes amis, devinez."

Naturellement la curiosit de toutes les personnes de Stavoren tait grande, et elles attendaient le retour du capitaine avec impatience. Un jour le grand vaisseau arriva dans le port, le capitaine se prsenta devant la dame qui le regarda avec surprise, et dit:

"Comment, capitaine, dj de retour! Vous avez t rapide comme un pigeon. Avez-vous la cargaison que j'ai demande?"

"Oui, madame," rpondit le capitaine, "j'ai une cargaison du plus magnifique bl!"

"Comment!" dit la dame. "Une cargaison de bl! Misrable! j'ai demand une cargaison de la chose la plus prcieuse du monde, et vous apportez une chose aussi vulgaire, aussi ordinaire, aussi commune que du bl!"

"Pardon, madame," dit le capitaine. "Le bl n'est pas vulgaire, ordinaire, et commun. Le bl est trs prcieux. C'est la chose la plus prcieuse du monde. Avec le bl on fait le pain. Et le pain, madame, est indispensable."

"Misrable!" dit la dame. "Allez au port, immdiatement, et jetez toute la cargaison de bl la mer."

"Oh, madame, quel dommage!" dit le capitaine. "Le bl est si bon! Si vous ne voulez pas ce bon bl, donnez-le aux pauvres, ils ont faim, ils seront contents."

Mais la dame refusa, et dit encore une fois: "Capitaine, allez au port, immdiatement, et jetez toute la cargaison de bl la mer! J'arriverai au port dans quelques minutes pour voir excuter mes ordres."

Le pauvre capitaine partit. En route il rencontra beaucoup de pauvres, et dit: "Ma matresse, la dame la plus riche de Stavoren, a une grande cargaison de bl. Elle ne veut pas ce bl. Elle a command de jeter toute la cargaison la mer. Si vous voulez le bl, venez au port, peut-tre que ma matresse aura compassion de vous, et vous donnera toute la cargaison."

Quelques minutes plus tard tous les pauvres de Stavoren taient assembls sur le quai; la dame arriva, et dit:

"Capitaine, avez-vous excut mes ordres?"

"Non, madame, pas encore!"

"Alors, capitaine, obissez, jetez toute la cargaison de bl la mer."

"Madame," dit le capitaine, "regardez tous ces pauvres, ils ont faim! Donnez le bl que vous ne voulez pas aux pauvres!"

"Oh, oui, madame! Nous avons faim, nous avons faim," crirent les pauvres. "Donnez-nous le bl! Donnez-nous le bl!"

Mais la dame tait trs cruelle, et dit:

"Non, non! Capitaine, j'ai command. Jetez tout le bl la mer, immdiatement."

"Jamais, madame!" rpondit le capitaine. Alors la dame fit un signe aux officiers et aux matelots, et rpta son ordre. Les hommes obirent, et malgr les cris des pauvres, et malgr leurs pleurs, tout le bl fut jet la mer.

La dame regarda en silence, et quand la procession de sacs eut cess, elle demanda aux officiers et aux matelots:

"Avez-vous jet tout le bl la mer?"

"Oui, madame," rpondirent les hommes.

"Oui, madame," dit le capitaine d'une voix indigne, "mais un jour arrivera o vous regretterez ce que vous avez fait! Un jour arrivera o vous aurez faim! Un jour arrivera o personne n'aura compassion de vous!"

La dame regarda le capitaine avec surprise, et dit:

"Capitaine, c'est impossible. Je suis la personne la plus riche de Stavoren. Moi, avoir faim, c'est absurde!"

Alors la dame prit une bague de diamants, la jeta la mer, et dit: "Capitaine, quand cette bague de diamants sera place dans ma main, je croirai ce que vous avez dit!" et la dame quitta le port.

Quelques jours aprs, un domestique trouva la bague de diamants dans l'estomac d'un poisson qu'il prparait pour le dner de la dame. Il porta la bague sa matresse. Elle regarda la bague avec surprise, et demanda: "O avez-vous trouv cette bague?" Le domestique rpondit: "Madame, j'ai trouv la bague dans l'estomac d'un poisson!"

Alors la dame pensa aux paroles du capitaine. Le mme jour la dame reut la nouvelle de la destruction de tous ses vaisseaux, et elle perdit aussi tout son or, tout son argent, toutes ses pierres prcieuses, et tous ses palais.

La dame n'tait plus riche, mais elle tait pauvre, trs pauvre. Elle alla de porte en porte, demander quelque chose manger, mais tous les riches et tous les pauvres de Stavoren refusrent de lui donner du pain. La pauvre dame prit enfin de froid et de faim.

Les autres personnes riches de Stavoren ne changrent pas leurs habitudes. Alors le bon Dieu, qui n'aime pas les personnes gostes, envoya un second avertissement.

Un jour, le port de Stavoren se trouva bloqu par un grand banc de sable. Ce banc empcha le commerce, et dans quelques jours le bl que la dame avait jet la mer, commena pousser, et le banc de sable tait tout couvert d'herbe verte.

Toutes les personnes de Stavoren regardrent le bl et dirent: "C'est un miracle, c'est un miracle!" Mais, le bl ne produisit pas de fruit! Le commerce avait cess; les riches avaient assez manger, mais les pauvres taient plus pauvres qu'avant.

Alors Dieu envoya un troisime avertissement. Un jour, un homme arriva dans la maison o tous les riches taient assembls, et dit; "J'ai trouv deux poissons dans le puits! La digue est rompue. La digue est rompue. Protgez la ville, protgez les maisons des pauvres prs de la digue!"

Mais les riches continurent danser. La mer entra dans la ville pendant la nuit, et tout coup toutes les maisons et tous les palais de Stavoren furent submergs.[12] Les pauvres prirent, les riches prirent aussi, et le Zuiderse occupe maintenant la place de la belle ville de Stavoren, dtruite cause de l'gosme de ses habitants riches qui refusaient de donner manger aux pauvres.

[Note 12: Many dikes are built in Holland to prevent the country from being submerged, as a great portion of it now lies beneath the level of the North Sea.]



LE POISSON D'OR.[13]

[Note 13: This is a Russian fairy story. It is a favorite along the shores of the Baltic Sea.]

Il y avait une le au milieu de l'ocan o il y avait une petite cabane. Dans cette cabane vivaient un vieillard et sa femme. Ils taient pauvres, trs pauvres, et le mari avait seulement un filet. Tous les jours il allait pcher, et lui et sa femme mangeaient les poissons qu'il prenait dans son filet.

Un jour aprs avoir pch longtemps, il prit un petit poisson d'or qui avait une voix humaine, et qui dit: "Brave homme, rejette-moi dans la mer bleue. Je suis si petit, donne-moi la vie, et je ferai tout ce que tu me demanderas."

Le pcheur eut compassion du petit poisson, et retourna la cabane sans rien.

Sa femme demanda, "Eh bien, mon mari, as-tu pris beaucoup de poissons?"

"Non," dit-il, "j'ai pch toute la journe, et j'ai seulement pris un petit poisson d'or."

"O est-il?" dit la femme.

"Dans la mer," rpondit le pcheur, "il m'a tant pri d'avoir compassion de lui que je l'ai remis dans l'eau."

La femme tait trs indigne.

"Imbcile!" dit-elle, "tu avais la fortune dans la main et tu as t trop stupide pour en profiter."

Elle parla tant que le vieillard, fatigu de ses reproches, courut au bord de la mer, et cria:

"Poisson d'or, poisson d'or! viens moi, la queue dans la mer, la tte tourne vers moi!"

Le poisson d'or arriva aussitt, et dit: "Vieillard, que veux-tu?"

"Je veux du pain pour ma femme qui est en colre."

"Va la maison, vieillard, et tu trouveras du pain en abondance," dit le poisson.

Le vieillard arriva la cabane, "Eh bien, ma femme, as-tu du pain en abondance?"

"Oui," dit la femme, "mais je suis bien malheureuse. J'ai cass mon baquet, je ne sais o laver mon linge. Va trouver le poisson d'or, et dis-lui que je veux un baquet neuf."

Le vieillard alla au bord de la mer, et cria:

"Poisson d'or, poisson d'or! viens moi, la queue dans la mer, la tte tourne vers moi!"

Le poisson d'or arriva en disant, "Vieillard, que veux-tu?"

"Un baquet neuf pour ma femme, qui n'est pas contente parce qu'elle ne peut pas laver son linge."

"Va la maison," dit le poisson d'or, "et tu y trouveras un baquet neuf."

Le vieillard retourna chez lui, et dit: "Eh bien, ma femme, as-tu un baquet neuf?"

"Oui," dit la femme, "mais va dire au poisson d'or que notre cabane tombe en ruine, et qu'il m'en faut une autre."

Le vieillard retourna au bord de la mer et cria:

"Poisson d'or, poisson d'or, viens moi!"

"Que veux-tu?" demanda le poisson.

"Une cabane neuve pour ma femme, qui est de bien mauvaise humeur."

"Trs-bien, va la maison, et tu trouveras une cabane neuve!"

Le vieillard arriva chez lui et vit une belle cabane neuve. Sa femme ouvrit la porte, et dit:

"Imbcile, va dire au poisson d'or que je veux tre archiduchesse, et demeurer dans un beau chteau, o j'aurai beaucoup de domestiques qui me feront de grandes rvrences."

Le vieillard retourna au bord de la mer et fit la commission.

"C'est bien," lui dit le poisson d'or, "retourne la maison; tu trouveras tout fait."

Arriv la maison, le vieillard vit un chteau magnifique. Sa femme, vtue d'or et d'argent, tait assise sur un trne et donnait ses ordres une foule de domestiques. Quand elle aperut le vieillard elle dit:

"Qui est ce vieillard-l, ce mendiant?" et elle commanda qu'on le mt la porte. Mais bientt elle voulut tre impratrice. Elle fit donc venir le vieillard et lui dit d'aller trouver le poisson d'or et de lui dire: "Ma femme ne veut plus tre archiduchesse; elle veut tre impratrice."

Le vieillard obit, et le poisson d'or accorda aussi ce souhait. Enfin la mchante femme voulut tre reine des eaux et commander tous les poissons.

Le vieillard alla donc au bord de la mer, appela le petit poisson d'or et dit:

"Poisson d'or, ma femme n'est toujours pas contente. Elle dit qu'elle aimerait tre reine des eaux et commander tous les poissons."

"Oh, c'est trop," dit le petit poisson d'or, "elle ne sera jamais reine des eaux, elle est bien trop mchante, et je suis sr que tous les poissons seraient bien malheureux sous ses ordres."

Le poisson disparut, en disant ces mots, et quand le vieillard arriva chez lui, il retrouva la pauvre cabane, le baquet cass, la vieille femme mal vtue, et il fut oblig de reprendre son filet et de pcher. Mais il eut beau jeter son filet la mer, il ne retrouva plus le poisson d'or.



LA CABANE AU TOIT DE FROMAGE.[14]

[Note 14: This is one of the Swedish folk tales; another well-known version of "Hans and Gretchen."]

Une vieille sorcire demeurait dans une cabane au milieu d'une fort sur une haute montagne. Cette femme tait trs cruelle, et elle aimait manger les petits enfants. Elle avait l'habitude de placer tous ses fromages sur le toit de sa cabane, afin d'attirer tous les enfants du voisinage. A une certaine distance de cette cabane, demeurait un pauvre paysan qui avait deux enfants, une petite fille trs stupide et un garon qui tait bien intelligent.

Un jour le paysan envoya les enfants dans la fort pour cueillir des fraises. Ils arrivrent bientt la maison de la sorcire, et comme ils avaient bien faim, le garon grimpa sur le toit. Il prit un fromage. La vieille sorcire entendit un petit bruit, et cria: "Qui est l, sur mon toit?"

"Ce sont de petits anges," rpondit le petit garon d'une voix bien douce.

La sorcire dit: "Chers petits anges, mangez autant de fromage que vous voulez," et elle resta assise auprs du feu. Le petit garon prit des fromages et partit avec sa soeur.

Quelques jours aprs, les enfants revinrent. Le garon grimpa sur le toit, et la sorcire cria: "Qui est l, sur mon toit?"

Le garon rpondit comme la premire fois: "Ce sont de petits anges!" et la petite fille, qui aimait beaucoup causer, cria: "Je suis l aussi!"

Alors la sorcire sortit de la maison, et saisit les deux enfants en disant: "Oh, oui, vous tes deux jolis petits anges et vous ferez un bon rti. Comment est-ce que votre mre tue ses porcs?" demanda-t-elle.

La petite fille dit: "Elle leur coupe la tte avec son grand couteau."

"Non, non," dit le garon, "elle leur met une corde autour du cou."

La sorcire alla chercher une corde, la mit autour du cou du garon, qui tomba par terre comme s'il tait mort.

"Es-tu mort, maintenant?" demanda la sorcire.

"Oui," rpondit le garon.

"Oh, non," dit la sorcire; "tu n'es pas mort pour de bon, car tu parles encore."

Le garon rpliqua: "Je parle encore parce que ma mre engraisse toujours ses porcs avant de les rtir. Elle dit qu'ils sont bien meilleurs."

"Une bonne ide!" dit la sorcire.

Elle prit les deux enfants, les mit dans une cage, et dit: "Comment votre mre engraisse-t-elle ses porcs?"

"Oh, elle leur donne du grain," dit la petite fille.

"Non, non," dit le garon, "ma soeur se trompe, elle est si petite! Ma mre engraisse ses porcs avec des gteaux et du lait doux."

"Bon," dit la sorcire, "c'est ce que je ferai."

La sorcire leur donna donc beaucoup de gteaux et de lait doux. Un jour elle arriva la cage, et dit: "J'ai mal aux yeux et je ne puis pas voir si vous tes assez gras. Levez le doigt que je le tte."

La petite fille allait faire juste comme la vieille avait dit; mais le petit garon prit sa place et prsenta un petit bton.

La sorcire le tta, et dit:

"Vous tes bien maigres." Et elle leur donna deux fois plus de gteaux et de lait doux.

Quelques jours aprs, elle dit de nouveau:

"Levez le doigt, je veux voir si vous tes assez; gras."

Le garon tendit une queue de chou, et la vieille femme dit:

"Oui, vous tes assez gras." Elle porta les enfants dans sa cabane, et dit la fille de faire un grand feu dans le four. Quand il fut bien chaud, elle dit aux enfants: "Maintenant, mettez-vous sur la pelle, l'un aprs l'autre, et je vous mettrai au four."

La petite fille, toute tremblante, allait obir, quand son frre prit sa place. Mais quand la vieille prit la pelle, il roula terre. La sorcire se mit en colre, mais le garon s'excusa poliment, et dit:

"Madame, nous sommes bien stupides, et bien gauches, je le sais; montrez-nous comment nous placer sur la pelle!" La sorcire se plaa sur la pelle, le garon la poussa vite dans le four et ferma la porte.

Alors il prit tous les fromages de la sorcire, et accompagn de sa petite soeur, il rentra tout joyeux chez son pre. Quant la sorcire, elle fut bien rtie, et personne ne pleura sa mort.



LE VRAI HRITIER.[15]

[Note 15: This anecdote is adapted from a story in a French Reader, "Livre de Morale en Action," by Barrau.]

Julien tait le fils d'un homme trs pauvre. Son pre tomba malade et mourut, et le pauvre Julien tait seul, tout seul. Julien tait jeune, et un homme riche dit: "Pauvre enfant, vous avez perdu votre pre et votre mre, vous tes orphelin, vous tes seul au monde. J'ai piti de vous!" Et l'homme riche plaa Julien dans une bonne famille, se chargea de son ducation, et quand il fut assez grand il le plaa en apprentissage.

Son apprentissage fini, Julien dit adieu son bienfaiteur, et partit pour son tour de France. Cinq ans aprs, il arriva la maison. Il avait beaucoup voyag, il avait beaucoup travaill, mais il n'avait pas gagn beaucoup d'argent.

Sa premire pense en arrivant dans sa ville natale fut d'aller faire visite son bienfaiteur. Hlas, le pauvre homme tait mort. Julien trouva tous les hritiers dans la maison. Ils taient tous furieux parce que leur oncle n'avait pas laiss une aussi grande fortune qu'ils avaient espr.

Les hritiers dsappoints firent une vente de tous les objets qui taient dans la maison de leur oncle. Julien alla la vente, et il vit avec surprise que les hritiers n'avaient aucun respect pour la mmoire de leur oncle. Ils vendaient tout. Enfin Julien vit avec indignation qu'ils vendaient mme le portrait du pauvre mort.

Naturellement Julien acheta les objets que son bienfaiteur avait le plus aims, et naturellement il acheta aussi le portrait, et il donna tout l'argent qu'il avait au monde pour l'obtenir. Il porta ce portrait dans sa chambre, sa misrable petite chambre, et le suspendit contre le mur par une petite ficelle (corde). Mais la ficelle tait vieille, le portrait tait lourd, et bientt la ficelle cassa, et le portrait tomba.

Julien examina le portrait avec soin, et trouva le cadre cass. Il voulut rparer le cadre, et il vit quelque chose de curieux. Il examina le cadre de plus prs et dcouvrit bientt des diamants, et un papier sur lequel son bienfaiteur avait crit:

"Je suis sr que mes hritiers sont des ingrats. Je suis sr qu'ils vendront mme mon portrait. Ce portrait sera peut-tre achet par une personne qui j'ai fait du bien. Ces diamants sont pour cette personne; je les lui donne."

Le papier tait sign, et personne ne put disputer la possession des diamants Julien, qui se trouva ainsi le vrai hritier de la fortune de son bienfaiteur.

Il tait si riche, qu'il pensa aux pauvres enfants de la ville, orphelins comme lui. Il construisit une grande maison pour eux, et il leur raconta souvent l'histoire du portrait de son cher bienfaiteur.



YVON ET FINETTE.[16]

[Note 16: Brittany is the most westerly province of France. The people, who are called Bretons, are descendants of the ancient Celts. They have a language of their own, are very imaginative, and delight in extravagant tales like this one, which is one of their special favorites. Laboulaye also gives a version of this tale in his "Fairy Book."]

Dans la Bretagne, il y avait autrefois la noble famille des barons Kerver. Le baron, qui tait aussi brave que bon, avait douze enfants, six fils, grands et forts comme lui, et six filles, belles comme le jour, et vraiment adorables. Avec une telle famille vous pouvez comprendre que le baron Kerver tait fier et heureux, et quand un autre enfant arriva, il dit: "Vraiment je ne sais pas o je trouverai la place pour ce garon, le chteau est dj plein!"

Le nouveau-venu fut appel Yvon et bientt il gagna tous les coeurs par sa franchise, sa bonne humeur et surtout par son courage, car il n'avait peur de rien. Quand Yvon eut atteint l'ge d'homme il dit son pre: "Mon pre, vous avez tant d'enfants qu'il n'y a pas de place dans le chteau pour moi. Permettez-moi d'aller chercher fortune."

Le baron Kerver refusa d'abord de se sparer de son cher enfant, mais enfin il consentit au dpart d'Yvon. Le jeune homme dit adieu ses parents, ses frres et ses soeurs et partit gaiement en rptant la devise des Kerver: "En avant," chaque fois qu'un obstacle ou un danger se prsentait. Enfin il arriva la mer et s'embarqua dans un vaisseau prt partir, en criant: "En avant."

Quelques jours aprs, quand le vaisseau tait en pleine mer, une tempte terrible s'leva, et bientt le vaisseau fut englouti par les vagues, et Yvon se trouva seul dans l'eau: "En avant," rpta-t-il courageusement, et il se mit nager vigoureusement. Il arriva enfin en vue de terre, et aprs avoir fait beaucoup d'efforts il se trouva sur une plage, o il se reposa quelques heures avant de continuer son chemin.

Quand il fut un peu repos, il grimpa sur une montagne, et du haut de cette montagne, il s'aperut qu'il tait sur une le. L'le n'tait pas dserte, cependant, car Yvon aperut une maison immense quelque distance. Il se dirigea vers cette maison, et fut tout surpris en voyant la grandeur des portes et des fentres qui n'avaient pas moins de soixante pieds de haut.

Yvon ne se dconcerta cependant pas, et s'approcha de la porte. Le marteau tait hors de porte. Il prit une grosse pierre et frappa la porte. Un gant, qui n'avait pas moins de quarante pieds de haut, ouvrit la porte, et demanda d'une voix terrible:

"Qui tes-vous, et que voulez-vous?"

"Je suis Yvon, fils du baron Kerver, en Bretagne, et je viens chercher fortune!" dit Yvon, sans trembler.

"Trs-bien!" dit le gant. "Votre fortune est faite, j'ai besoin d'un domestique, vous pouvez entrer mon service. Si vous me servez bien, je vous rcompenserai bien; mais si vous n'tes pas fidle et si vous ne faites pas exactement ce que je vous dis, je vous mangerai."

"C'est entendu!" dit Yvon. Alors le gant lui dit:

"Aujourd'hui je suis trs occup. Je vais mener mes troupeaux la montagne, je serai absent toute la journe. Pendant mon absence vous pouvez nettoyer les curies. Je ne vous donne rien de plus faire, mais je vous dfends d'entrer dans ma maison!"

Le gant partit en disant ces mots. Yvon le suivit des yeux, et quand il fut hors de vue, il ouvrit la porte et entra dans la maison, en disant:

"Il est clair qu'il y a quelque chose d'intressant voir dans cette maison; sans cela le gant ne m'aurait pas dfendu d'y entrer."

Yvon entra dans la premire chambre; elle tait vide, compltement vide. Il n'y avait rien qu'une marmite suspendue dans la chemine. Yvon s'avana et remarqua avec surprise que la marmite contenait une soupe trange qui bouillait. Comme il n'y avait pas de feu sous la marmite, Yvon trouva ceci trs extraordinaire.

Il coupa donc une mche de ses cheveux, la trempa dans la soupe, et quand il l'en retira, il fut trs surpris de voir que les cheveux taient couverts de cuivre. "Oh!" dit-il, "monsieur le gant a sans doute un estomac bien solide puisqu'il peut digrer une soupe pareille!"

Yvon alla dans la seconde chambre. Il la trouva exactement pareille la premire, et l aussi il trouva une marmite, mais quand il trempa une mche de cheveux dans la soupe bouillante qu'elle contenait, il remarqua que la mche tait toute couverte d'une couche d'argent. "Oh," dit-il, "monsieur le gant a vraiment une digestion admirable, et il faut qu'il soit riche pour pouvoir se payer des soupes pareilles."

Yvon entra alors dans la troisime chambre, et bien qu'elle ft exactement pareille aux deux premires, il dcouvrit bientt que la soupe dans la troisime marmite tait une soupe d'or. Sa curiosit tait veille, et il courut vite ouvrir une quatrime porte, et entra hardiment dans une quatrime chambre.

Oh, quelle surprise! Il vit devant lui une charmante jeune fille, qui s'approcha vivement de lui, et qui lui dit:

"Qui tes-vous? Que faites-vous ici? Partez vite, malheureux, car si le gant vous trouve ici, il vous tuera!"

Le jeune homme rpondit aussitt: "Je suis Yvon, fils du baron Kerver. Je suis venu chercher fortune. Je n'ai pas peur du gant que j'ai vu et qui m'a engag comme domestique."

"Que vous a-t-il donn faire?" demanda la jeune fille en tremblant.

"Il m'a dit de nettoyer l'curie. C'est bien simple, car je l'ai souvent vu faire aux domestiques de mon pre. On prend un balai, on balaie, et voil tout!"

"Oh!" dit la jeune fille, "c'est trs facile dans une curie ordinaire, mais dans une curie magique comme celle du gant, ce n'est pas si simple, car toutes les fois que vous jetterez du fumier par la porte il en entrera plus par la fentre. Mais si vous tournez le balai, et si vous commencez balayer avec le manche, l'curie se nettoiera toute seule."

"Trs-bien!" dit Yvon, "je suivrai votre conseil, et maintenant asseyons-nous l, cte cte, et causons."

Le temps passa vite, bien vite; et avant la fin de la journe Yvon avait non seulement racont toute sa vie la jeune fille, mais il avait aussi appris qu'elle s'appelait Finette, qu'elle tait un peu fe, mais qu'elle tait la captive et la servante du gant, qui tait un homme cruel. Leur conversation tait si intressante qu'elle dura jusqu' tard dans l'aprs-midi. Enfin Finette dit: "Mon ami, allez vite nettoyer l'curie, sans cela le gant arrivera avant que votre tche ne soit finie."

Yvon la quitta donc et alla l'curie. Il prit un balai et jeta du fumier par la porte comme il l'avait vu faire aux domestiques de son pre, mais au mme instant une quantit de fumier entra par la fentre. Alors il se rappela ce que Finette lui avait dit. Il saisit le balai et commena balayer avec le manche. A l'instant mme l'curie se trouva toute propre comme par enchantement.

Yvon mit le balai dans un coin, puis il alla s'asseoir sur le banc devant la porte de la maison du gant. Quand il vit arriver son matre, il se croisa les jambes, renversa la tte en arrire, ferma les yeux et commena siffler nonchalamment.

Le gant arriva, et demanda avec colre: "Eh bien, paresseux, pourquoi ne travaillez-vous pas?"

Yvon ouvrit les yeux lentement, et dit: "Je n'ai rien faire!"

"Comment," cria le gant; "je vous ai dit de nettoyer mon curie."

"C'est fait!" dit Yvon tranquillement. Le gant courut l'curie, et revint en disant: "Misrable! vous n'avez pas fait ceci tout seul; vous avez vu ma Finette."

"Mafinette," dit Yvon, "mafinette! Qu'est-ce que c'est que cela? Est-ce un animal, une personne, ou une chose? Mon matre, montrez-moi a!"

Le gant dit: "Imbcile, vous ne saurez que trop tt ce que c'est. Allez vous coucher dans la grange, et je vous dirai ce que vous aurez faire demain."

Le lendemain avant de partir de nouveau pour toute la journe le gant dit Yvon: "Allez la montagne, attrapez mon cheval noir et mettez-le l'curie. Je veux m'en servir demain. Mais n'allez pas dans ma maison, et ne cherchez pas dcouvrir ma Finette!"

"Ah, mon matre," dit Yvon, "vous parlez toujours de mafinette. Qu'est-ce que c'est que mafinette?"

Le gant ne rpondit pas et partit, mais aussitt qu'il fut hors de vue Yvon courut joyeusement dans la maison pour voir Finette, qu'il aimait dj beaucoup. Finette lui demanda ce que le gant lui avait donn faire.

"Oh!" dit Yvon ngligemment, "c'est quelque chose de trs facile. Il m'a dit d'aller la montagne attraper son cheval, de le ramener et de le mettre l'curie. Il veut s'en servir demain."

"Oh!" dit Finette, "ce n'est pas aussi facile que vous pensez, mon cher Yvon, car le cheval du gant est immense, et de sa bouche et de ses narines jaillit un feu dvorant qui tue toutes les personnes qui l'approchent."

"Trs-bien!" dit le jeune homme, "je n'irai pas la montagne, car je n'ai nulle envie de mourir!"

"Oh!" dit Finette, "si vous prenez la bride magique suspendue derrire la porte de l'curie, le cheval sera docile comme un agneau, et vous pourrez le brider et le monter sans danger."

Yvon remercia la jeune fille de ses bons conseils, et aprs avoir caus avec elle presque toute la journe, il alla chercher la bride magique, et partit pour la montagne. Arriv l, il entendit bientt un bruit, comme le tonnerre, et il vit venir au grand galop un cheval monstre, de la bouche et des narines duquel jaillissait un feu dvorant.

Yvon, qui n'avait peur de rien, secoua la bride, et le coursier vint s'agenouiller devant lui, doux comme un agneau. Yvon brida le cheval sans peine, monta sur son dos, retourna la maison et le mit l'curie.

Cela fait, il alla s'asseoir sur le banc, devant la porte, et quand il vit venir le gant, il se croisa les jambes, ferma les yeux et commena siffler.

Le gant s'approcha, et lui dit avec colre: "Eh bien, paresseux, pourquoi n'avez-vous pas fait ce que je vous ai command?"

"C'est fait, mon matre, votre cheval est l'curie, et c'est une bien gentille bte, allez!"

"Mon cheval une gentille bte!" s'cria le gant avec surprise, et il courut l'curie pour voir si c'tait vraiment son cheval que le jeune homme avait ramen de la montagne.

Il revint en quelques minutes en grommelant: "Misrable, vous n'avez pas fait ceci tout seul. Quelqu'un vous a aid. Vous avez vu ma Finette."

"Mafinette, mafinette!" dit Yvon. "Vous parlez toujours de mafinette, mon matre; qu'est-ce donc que mafinette?"

"Vous ne saurez que trop tt," dit le gant, et il alla se coucher.

Le lendemain, avant de partir, il dit Yvon: "Yvon, allez aujourd'hui l'abme sans fond, toucher mes revenus!"

"Trs-bien!" dit Yvon, sans paratre le moins du monde surpris, et le gant partit.

Quand il fut hors de vue, Yvon courut rejoindre Finette, qui lui demanda anxieusement ce que le gant lui avait command de faire.

"Oh!" dit Yvon, "le gant m'a dit: 'Allez l'abme sans fond, toucher mes revenus.' Je ne sais pas o c'est, ni combien le gant veut, mais je suis sr que vous savez tout, ma Finette chrie, et que vous m'aiderez de nouveau."

Finette rougit, sourit, et dit: "Oui, Yvon, je sais en effet o est l'abme sans fond. Prenez cette baguette, allez la montagne, frappez-en le grand rocher noir trois fois. Le rocher s'ouvrira, et un dmon paratra; il vous demandera brusquement: 'Que voulez-vous?' et vous rpondrez, 'Les revenus du gant!' Alors il dira: 'Combien voulez-vous?' Vous rpondrez: 'Pas plus que je ne peux porter.'

"Alors le dmon vous fera entrer dans une grotte immense, o vous verrez des diamants, des rubis, des perles, des meraudes, des topazes, des amthystes, de l'or et de l'argent en grandes quantits. Vous verrez un sac par terre. Prenez-le et remplissez-le, sans dire un seul mot, et sortez en silence."

"Trs-bien," dit Yvon, "je ferai exactement tout ce que vous m'avez dit, ma chre Finette." Et il s'assit ct d'elle, et ils causrent longtemps ensemble. Quand l'aprs-midi arriva, le jeune homme prit la baguette, et partit pour la montagne. Il trouva le rocher noir sans peine. Il le frappa trois fois de sa baguette. Le rocher s'ouvrit, et un dmon parut, qui dit d'une voix terrible:

1  2  3     Next Part
Home - Random Browse